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La législation de réinsertion manque sa cible : l’absentéisme pour maladie de moyenne durée a augmenté de 9,5 % depuis 2016

18 avril 2019

Absentéisme pour maladie de moyenne durée à son paroxysme en 2018 : 2,3 % du temps de travail non presté par un personnel malade entre 1 mois et 1 an

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L’absentéisme pour maladie de moyenne durée a à nouveau augmenté en Belgique l’an dernier. En 2018, 2,31 % de toutes les heures ouvrables n’ont pas été prestées par des travailleurs en maladie entre 1 mois et 1 an. Ces 4 dernières années, l’absentéisme pour maladie de moyenne durée a même augmenté de 12,7 %. La législation de réinsertion entrée en vigueur en 2016 pour remettre plus rapidement au travail les collaborateurs en incapacité de travail après une période de maladie n’a pas engendré une baisse de l’absentéisme pour maladie de moyenne durée en Belgique. C’est ce que l’entreprise de services RH ACERTA constate après analyse des données réelles des travailleurs en service auprès de plus de 40 000 employeurs du secteur privé. 

La réinsertion ne fonctionne pas (encore) : l’absentéisme pour maladie de moyenne durée est en hausse

En 2018, 2,31 % de toutes les heures ouvrables n’ont pas été prestées en raison de ce que l’on appelle l’absentéisme pour maladie de moyenne durée, soit des périodes de maladie qui durent entre 1 mois et 1 an. Benoît Caufriez, Directeur Acerta Consult : « C’est le délai de maladie pour lequel est prévue la réinsertion, d’où l’importance qui y est accordée. »
Le processus formel de réinsertion n’a pas (encore) l’impact voulu, comme en témoigne la hausse systématique de l’absentéisme pour maladie de moyenne durée sur ces cinq dernières années, soit une augmentation de 12,7 % entre 2014 et 2018. Benoît Caufriez : « La législation de réinsertion date de 2016, mais nous ne constatons aucune baisse dans les chiffres, les pourcentages continuent de croître d’année en année. De plus, l’augmentation du taux d’absentéisme de moyenne durée entre 2017 et 2018 est considérable (+7 %). »

 

Tableau 1 : % heures ouvrables non prestées en raison d’un absentéisme pour maladie de moyenne durée > 1 mois

La législation sur la réinsertion manque-t-elle sa cible ? Benoît Caufriez : « Oui et non. La réinsertion n’est plus un sujet tabou, une certaine sensibilisation autour du thème maladie et travail et la relation vie privée-vie professionnelle se met en place, ce qui est positif. Cependant, un hiatus important dans la législation est que l’employeur ne peut lancer la procédure de réinsertion formelle qu’après 4 mois de maladie. Il est conseillé à l’employeur de déjà lancer formellement le processus pour réinsérer le travailleur dans son entreprise avant la fin de ce délai. Ce manquement dans la législation ne peut donc en aucun cas être une excuse pour l’employeur. Il peut - et doit - accorder l’attention nécessaire à son travailleur malade dès le premier jour de maladie. La réinsertion commence dès le premier contact entre l’employeur et le travailleur absent. Ce contact montre l’implication de l’employeur et peut former un premier pas dans les étapes nécessaires pour que le travailleur rejoigne son poste aussi rapidement que médicalement acceptable. Même en cas d’absence en raison d’un burn out par exemple, mieux vaut réparer activement le lien dès que le travailleur se sent prêt et non uniquement au bout des 4 mois prescrits par la loi. »

Bruxelles, le Limbourg et le Hainaut ont le plus de travailleurs absents entre 1 mois et 1 an pour maladie

Chaque période d’absentéisme pour cause de maladie – de courte, moyenne ou longue durée – commence par le premier jour de maladie. Les périodes de maladie ne sont donc pas totalement isolées les unes des autres. Benoît Caufriez : « Nous constatons ainsi qu’en Flandre, le Limbourg obtient de mauvaises notes avec le plus haut pourcentage d’absentéisme pour maladie de moyenne durée, à savoir 2,65 %. Nous notons également un dérapage au niveau d’absentéisme pour maladie de courte durée, où le Limbourg est aussi dernier de classe. La Région de Bruxelles-Capitale ne fait pas mieux avec un taux d’absentéisme de courte durée de 2,92 % et de moyenne durée de 2,86 %. En Région wallonne, le Hainaut est la lanterne rouge : 2,46 % pour l’absentéisme de courte durée et 2,87 % pour l’absentéisme de moyenne durée. En revanche, la Flandre occidentale atteint deux fois le plus faible pourcentage (respectivement 2 % et 1,94 %). Une nouvelle fois, l’absentéisme pour cause de maladie commence le 1er jour de maladie et la réinsertion devrait commencer au même moment. »

Tableau 2 : % heures ouvrables non prestées en raison d’un absentéisme pour maladie > 1 mois, provinces flamandes

La politique RH des grandes entreprises échoue en ce qui concerne l’absentéisme pour maladie

Si nous nous penchons sur l’impact de l’absentéisme pour maladie de moyenne durée en fonction de la taille de l’entreprise, nous constatons que le pourcentage augmente proportionnellement au nombre de travailleurs. Par conséquent, plus l’entreprise est importante, moins elle a d’emprise sur l’absentéisme pour cause de maladie. Dans les très grandes entreprises, l’impact est même deux fois supérieur à celui des plus petites. De nombreuses heures de travail sont donc perdues en raison de maladie.

Benoît Caufriez : « Les (plus) petites entreprises ont l’air de mieux parvenir à garder leurs travailleurs en bonne santé et à l’ouvrage. Il semblerait aussi que la “distance” plus courte entre l’employeur et le travailleur ait un effet positif sur l’absentéisme pour maladie de moyenne durée. L’objection que l’on entend parfois, selon laquelle les personnes sous pression reprennent trop rapidement le travail, est incorrecte. Sinon, les chiffres de maladie resteraient élevés et ce n’est pas le cas. Les spécialistes RH des grandes entreprises ont donc des leçons à tirer des plus petites entreprises. »

Tableau 3 : % heures ouvrables non prestées en raison d’un absentéisme pour maladie > 1 mois, suivant la taille de l’entreprise

Différence logique entre ouvriers et employés

En ce qui concerne l’absentéisme pour cause de maladie, une différence claire se dessine entre les ouvriers et les employés. Et c’est logique. Un employé avec une jambe cassée peut toujours tenir son stylo en main, mais ce n’est pas le cas de l’ouvrier et de son marteau. Ou : le travail physiquement (plus) dur augmente le risque de maux physiques. En outre, si vous êtes en incapacité de travail, il est moins évident de poursuivre un travail physique. On constate toutefois dans les chiffres d’ACERTA que l’absentéisme pour cause de maladie s’accentue chez les employés : l’absentéisme pour maladie de moyenne durée a augmenté de près de 20 % entre 2014 et 2018. Benoît Caufriez : « L’augmentation du stress négatif et le burn out n’y sont peut-être pas étrangers. »

Tableau 4 : % heures ouvrables non prestées en raison d’un absentéisme pour maladie > 1 mois, ouvriers vs employés

Benoît Caufriez : « L’objectif doit toujours être de miser au maximum sur la réinsertion sur le marché de l’emploi. Si ce n’est pas possible auprès de l’employeur actuel, il faut pouvoir se tourner vers d’autres options avec le travailleur afin qu’il demeure dans le circuit actif du travail. C’est également la raison pour laquelle la législation prévoira bientôt que, si le contrat à son service se termine parce que le travailleur ne peut plus être réinséré, l’employeur doive soutenir son ex-travailleur dans la recherche d’un nouvel emploi en offrant un outplacement. »

L’absentéisme pour maladie de moyenne durée augmente avec l'âge

L’absentéisme pour maladie de moyenne durée augmente avec l'âge jusqu’à 60 ans. Benoît Caufriez : « Il est logique que le pourcentage d’absentéisme pour maladie baisse après cet âge : si vous avez des problèmes de santé, vous aurez probablement déjà quitté le marché du travail après votre 60e anniversaire. Ce sont les travailleurs en bonne santé qui continuent. »

Tableau 5 : % heures ouvrables non prestées en raison d’un absentéisme pour maladie > 1 mois, suivant l’âge

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